La diversité en question
La promotion de la diversité semble être devenue aujourd’hui une des ardentes obligations que se donnent à elles-mêmes nos sociétés démocratiques.
L’élection de Barack Obama à la Maison-Blanche, le 4 novembre 2008, est apparue au monde entier concrétiser politiquement ce qui s’était mis ainsi à bouger depuis le début du nouveau siècle dans la reconnaissance des droits de tous les êtres humains
Les Etats-Unis ont accompli en quarante ans tout un trajet pour rendre les droits plus effectifs par des politiques spécifiques de promotion sociale et professionnelle de la diversité humaine,
Avant de tenter de comprendre ce qui se passe en France, il faut d’abord clarifier le débat
Le mot diversité pose problème d’interprétation
D’abord il n’appartient pas au registre du vocabulaire conceptuel, et nécessite de le compléter par un qualificatif délimitant l’espace d’application (diversité ethnoraciale, culturelle, religieuse…)
S’agit-il de reconnaissance des droits humains ou abstraction de toutes les différences ?
La diversité laisse supposer la dominance d’un universel, et autour de lui gravitent des identités exotiques.
Néanmoins ce mot renvoie un ensemble de réflexions sur le problème de l’identité nationale, sur la citoyenneté, sur la justice…
Comment vivre ensemble avec nos différences?
Sur la base de quels principes de justice, de quelle conception de l’égalité et de la liberté ?
Comment s’employer à réduire les écarts entre l’égalité juridique et ce qu’on appelle l’égalité réelle ?
La thématique de la diversité en France a certes été promue dans une situation politique particulière, où un gouvernement, situé à droite sur l’échiquier politique s’en est servi en vue d’humaniser la mondialisation
L’élection de Chirac en 2002 grâce en partie à l’électorat maghrébine a été l’édifice d’un processus de reconnaissance de l’Autre, Azouz Begag était le premier symbole
Auparavant la coupe du monde 1998 avait contribué au triomphe dans l’avènement fantasmatique d’une identité nationale multicolore, black blanc beur
Les symboles ne sont intéressants que si la politique de terrain les suit, la mentalité aussi
Malheureusement, siffler la marseillaise, le soulèvement de la banlieue et le foulard médiatique ont vite démontré que l’assimilation du culturalisme français apparait durcir les identités plus qu’elle ne les intègre et que l’identité, dès lors qu’elle s’énonce au pluriel et donne lieu à une expression visible, constitue une forme de péril pour les valeurs républicains
Cette façon si française, si difficile à objectiver qui continue :
- à percevoir un français comme d’origine immigré après trois ou quatre générations
- à demander aux autres de gommer leurs spécifiées pour adhérer à un modèle identitaire particulier, supposé valoir pour tous et dans lequel pourtant rien n’implique qu’ils puissent et doivent se reconnaitre nécessairement ou entièrement
- à culturaliser et religieuniser en mauvais français les questions sociales prétextant que la diversité culturelle n’est acceptable que dans la sphère privée.
Dans le droit français les issus de la diversité n’ont aucune existence juridique puisque le droit s’oppose à la consécration de tout groupe ethnique
L’idéal de la diversité conduit donc à violer la loi, soit à parler pour ne rien dire
Les symboles cachent les réalités de l’incohérence du politique quant à la gestion de la citoyenneté
Le chantier de la diversité en France donne l’impression que le mouvement s’est amorcé pire encore marginalisé par le débat actuel sur l’identité nationale
A la tête du gouvernement, des pyromanes qui pour un souci d’électorats font l’amour à l’extrême droite en surfant sur la vague de l’immigration et la sécurité nationale comme à leurs habitudes imposant une injonction avec arrogance de se fondre dans une identité supposé exprimer toutes les identités à leur façon
Les manipulations de la parole sont devenues courantes dans les sociétés modernes.
La démocratie, qui a placé la parole au centre de la vie publique, parait menacée par la prolifération des techniques qui visent à nous contraindre, sans que nous nous en rendions compte, à adopter tel comportement ou telle opinion. La sensation diffuse de vivre dans un univers menteur n’est-elle pas à l’origine de formes nouvelles d’individualisme et repli sur soi ?
Toutes les méthodes de communication et de débat sont-elles bonnes dans un espace qui se prétend démocratique ?
Nous vivons dans une société où le choc des identités demeure étonnamment brutal
La politique ne sait se repentir, ni « se moraliser»
Edgar Morin disait dans son livre Culture et barbarie européennes.
« Cet humanisme a deux visages, l’un dominateur, l’autre fraternel …»
Source et lectures
Alain Renaut
Un humanisme de la diversité
Philippe Breton
La parole manipulée
Que les issus de la diversité soient constamment mis en marge de la société, notamment dans le secteur du logement, le travail…je peux comprendre
Il y a des domaines où ils doivent s’impliquer plus pour faire entendre leurs voix
Je pense notamment aux réunions des parents d’élève, les mairies, les conférences…
Il faut cesser d’être un électorat passif en brandissant uniquement sa carte d’électeur…