Les derniers jours de la musique
Volet 1 : une introduction
The day the music died : c’est par ces mots que la presse titra le 3 février 1959, pour annoncer à la jeunesse américaine qu’elle était désormais orpheline, et d’une certain manière partie cette nuit-là par procuration. Lui apprendre en somme que la mort existait au-delà des fronts tropicaux des actualités Movietone et la touchait également de près. Que l’adolescence avait aussi une fin et que celle-ci pouvait être violente, subite et sanglante, dans un fracas de tôles de voitures ou d’aéroplane, qu’importait le flacon…
Et c’était vrai que le rock était mort ce jour-là, depuis le rock, devenu pop ou R&B, n’a pas fini de mourir, sans doute pour gagner plus vite l’éternité, généralement à 20 ans dans les années 50-60, et curieusement à 27, dans les seventies, la distance qui sépare l’interprète de l’auteur-compositeur, de tomber de haut ou rentrer dans le décor, se fracasser ou se défoncer, se crasher ou se shooter.
Dans ce métier qui n’en était pas un, il fallait faire vite, pour imprégner les rétines et marquer les mémoires, quarante-cinq tours et pas un de plus, et mourir jeune signifiait souvent survivre vieux, dans le meilleur des cas. Toutes les guitares vous le diront, qui s’appelaient Fender ou Stratocaster, Gretsch ou Rickenbacker, portaient des noms de généraux et fichent encore le feu à nos platines par-delà le cimetière des juke-box.
Et c’est vrai que la musique finissait tôt en ce temps là, explosait dans le ciel, ou sur les routes comme ces comètes dont elle avait d’ailleurs pris le nom.
Rien n’est plus triste qu’un single tournant à vide à la fin d’un rock, quant le chanteur s’est envolé et qu’il ne reste plus qu’un chuintement de roue dans le haut-parleur.
Bob, Otis, Jim, Jimi, Janis, John, Marvin, Stevie et les autres…
Ce billet en volets –inspiré du livre les derniers jours du Rock’N’Roll de Pierre Achard- est leur testament, le portrait de ces instants où ils quittèrent un à un la route, dans le plus célèbre virage de l’histoire de la Musique.
I can’t remember if I cried
When I read about his widowed bride,
But something touched me deep inside
The day the music died.
http://www.youtube.com/watch?v=4l6RlWes3QM